mardi 29 mars 2011

En tur til København


Si vous saviez dans quel état j’étais. Haha ! Avec le manque de sommeil et l’excitation de revoir ma best, j’avais une face de championne comme vous pouvez vous l’imaginer. Je suis descendue de l’avion sous un soleil radieux, mais avec une dizaine de degrés en moins. Ce qui veut dire que j’ai remis bonnet, gants, foulards et pelures supplémentaires dès mon arrivée à Copenhague.

Je savais qu’Ariane avait du travail durant les trois journées que j’étais là, alors je m’étais arrangée pour savoir m’occuper pendant son absence. Ce n’est pas vraiment un problème, car mes habiletés de voyageuse deviennent aiguisées avec le temps et la pratique :) Comme mon vol est atterri vers 10h15 et que le trajet entre l’aéroport et le centre-ville en métro est d’environ 12 minutes, j’ai profité de mon arrivée matinale pour aller déjeuner ; mon plan étant de tracer mon itinéraire de la journée devant un café et quelques victuailles danoises.

Le petit café/resto que j’ai choisi était vraiment très agréable, baigné de lumière et de bonnes odeurs. Dès que je me suis commandé un « brunch classique » et un latte, la dame me demande de payer. Je lui tends ma carte, mais elle m’explique dans son danois le plus clair, c’est-à-dire du chinois pour moi, qu’elle ne prend pas de carte de crédit. Je pars donc à la recherche du premier guichet et retire 100 couronnes. De retour au restaurant, je remarque sur l’addition que le total monte à 115 couronnes. Sans soupirer, je repars avec ma besace vers le guichet et décide de prendre 1000 couronnes supplémentaires, question de ne pas me faire avoir encore une fois.
 
Après l’avoir payé et avoir dégusté la première gorgée de mon café, je décide de m’atteler à comprendre la valeur de cette devise inconnue. Je fais donc la conversion grâce à une application iPhone magique qui m’indique que 115 couronnes équivalent à 23$ CAN. Quelle belle surprise ! Comme je suis Thomas, je décide de refaire la vérification sur un site internet. L’application est sans faille. C’est le petit déjeuner le plus cher que je ne me suis jamais payé de ma vie…mais quel bon repas ce fût.

Bon, il faut dire que Copenhague est la ville la plus chère d’Europe. C’est écrit dans mon guide… que j’ai lu seulement en arrivant. Le gag de la fin de semaine était : au Danemark il n’y a rien de « cheap » sauf Lars Eller :) Les droits d’auteurs de cette bonne blague reviennent au photographe de La Presse qui accompagnait Ariane. Il y a bien rien que les québécois pour faire des jokes de hockey ! Héhé, j’adore !


La petite sirène
J’ai affectueusement baptisé Copenhague la ville aux statues. En plus de la si célèbre Petite Sirène, la capitale est parsemée de bustes, de sculptures et de représentation trois dimensions de toutes sortes. En passant, c’est vrai que la sirène de Hans Christian Andersen est décevante. Un peu comme le Manneken-Pis à Bruxelles, elle reste petite et peu impressionnante. Il faut par contre, la prendre pour ce qu’elle est : un rappel historique de l’histoire fabuleuse qui a marqué tellement d’enfants à travers le monde, mais qui est né là, à Copenhague. Je dois aussi vous confier que j’ai un faible pour la petite sirène depuis que ma filleule m’a baptisé Arielle (l’incarnation Walt Disneyenne de ce conte) à cause de mes cheveux rouges et de mon amour inconditionnel pour la baignade…

En plus de m’avoir charmé avec ses fabuleux jardins, cette petite ville portuaire fait contraste avec mon chez-moi londonien, qui s’avère être urbain à souhait et chaotique au possible. Pour être honnête, ça faisait du bien de se promener dans le calme des rues danoises et de pouvoir relaxer tranquillement en lisant mes textes (du travail, toujours du travail) dans un café universitaire bondé, mais silencieux. J’ai apprécié le fait qu’il soit totalement impossible d’être stressé dans cette ville. C’est rafraichissant et ça m’a donné un aperçu de ce que l’on envie souvent aux pays scandinaves.


Jeudi et vendredi je me suis promenée à pied dans la ville et j’ai pris mon temps. En deux jours, j’ai presque tout fait les attraits touristiques. Le samedi, Ariane et son photographe devaient faire le tour de la ville à vélo pour recueillir des infos et des photos pour un article qui paraîtra dans le cahier Vacances/Voyages de La Presse. Je les ai donc suivis dans leur périple, à mon grand bonheur. Parcourir Copenhague à vélo est le meilleur moyen de découvrir la cité tout en comprenant le rythme de ses habitants. C’est un peu comme voir Montréal à dos de bixy, c’est fantastique !

Premièrement, il y a des pistes cyclables sur presque toutes les artères principales (contrairement à ce que les cyclistes montréalais doivent subir). Deuxièmement, c’est tout petit, alors la bicyclette reste le meilleur moyen de transport, même au quotidien. Et finalement, quoi de mieux que de prendre l’air tout en allant et venant d’un point à l’autre de la ville ? Malgré le froid du mois de mars, je considère que toute personne qui aura le projet d’aller visiter ce coin du monde devra envisager de chevaucher la selle et de rouler où le vent le mène (et je vous jure, quand il vente, il vente à écorner les bœufs !).

Ce moyen de se véhiculer est tellement répandu que les pistes cyclables sont bondées. Les gens, en plus de maîtriser très bien leur engin, sont au fait de tous les signaux routiers (bras vers le bas, bras vers le côté, etc.) et les utilisent (à l'instar des resquilleurs montréalais). Vous auriez dû voir l’air hébété des danois qui se sont trouvés sur notre passage quand on se promenait nonchalamment en sens inverse sur une piste cyclable ! Nous ne savions pas que les pistes sont à sens unique et donc qu’il y en a une de chaque côté de la rue. Ils ont su en moins de deux que nous étions des touristes non avertis. Nous, ça nous a fait rire follement, mais pas eux :)

Il fallait bien essayer le rack, non!?
Ariane et moi on a partagé quelques Tuborg, deux ou trois Carlsberg (j'ai pris "probably the best beer in the world" à votre santé les filles!) et des repas délicieux. On a pris tout le temps qu’on pouvait pour se mettre au fait de tout ce qui s’est passé pendant trois mois. On a constaté à quel point on s’était manqué, combien nos conversations quotidiennes (ou presque) sont une chose en or. J’ai remarqué à quel point je commence à m’ennuyer de ma vie, combien il se passe de choses pendant mon absence dans ce pays qui est le mien.

Cette fin de semaine était mémorable. En plus d’avoir vu, parlé, collé et déconné avec ma best, j’ai découvert un endroit que je n’aurais probablement jamais visité autrement. J’ai trouvé les danois souriants, amicaux et discrets (ce qui n’est pas nécessairement toujours une bonne chose). J’ai vu des endroits magnifiques dignes des cartes postales et des soupirs de béatitude. Et j’ai rechargé mes batteries (d’amis et de tranquillité) pour le mois et demi qui me reste avant de prendre un avion en direction de Montréal et de vous tous… oui, déjà!

dimanche 27 mars 2011

The road to you





Partir en pleine nuit (2h50), sac sur le dos, billet en poche. Prendre un autobus puis un autre et enfin un dernier pour arriver à l'aéroport de Stanstead. Se taper la musique poche du chauffeur d'EasyBus. Devoir converser avec le monsieur beaucoup trop excité assis à côté de moi. 

Ça vaut la peine!

Parce qu'en plein milieu de la nuit la Lune t'accompagne et c'est beau. Parce que les autobus sont vides à cette heure-là, et comme on est dans la magnifique capitale du transport en commun nocturne, je n'attends pas une miette. Parce que le système d'EasyBus est tellement efficace que tous ceux qui chialent à propos de l'inaccessibilité de l'aéroport de Stansted n'ont pas découvert cette merveille (merci Lonely Planet!!).  Que la musique du chauffeur me fait penser à ce que mon papa écoute dans sa voiture et ça me fait sourire. Que le mec qui est trop excité me contagionne et c'est bien correct de même.

Parce que je m'en vais à Copenhague. Je vais voir ma Best. Pis c'est bien assez pour voir la vie en rose ;)

samedi 19 mars 2011

Afternoon Tea

Quoi de mieux que de profiter de cette petite heure et demie de train entre Southampton et Londres pour vous raconter ma première « vraie » expérience de thé à l’anglaise? Comme je vous en ai déjà parlé, le thé fait partie intégrante de la vie en Angleterre et j’en suis ravie, car je me suis découvert une passion pour ce breuvage réconfortant. Avant que Miss Marie ne parte on a eu le temps d'aller fouiner chez Fortnum and Mason où j'ai acheté des thés merveilleux (à peu près la seule chose achetable de tout le magasin!) que je boirai en me remémorant mes mois passés ici.

Mais retournons à nos moutons…qu’est-ce que je voulais vous raconter? Ha oui! Le thé… Désolée, j’ai eu une journée magnifique avec des Professeurs de l’Université de Southampton qui m’ont remonté le moral académique, alors j’ai un peu la tête en l’air. Bon, bon, bon…

La devanture du Lanesborough Hotel
Hyde Park Corner
Ce dimanche, j’ai revu Lily. Vous vous rappelez la Queen of Diamonds??!! Après notre soirée de l’autre fois, je me sentais bien obligée de garder ne serais-ce qu’un contact poli avec elle. Après les deux semaines remplies par la présence de ma tribu, je lui ai écrit un courriel pour la convier à aller prendre le thé dimanche après-midi. Je lui ai proposé un endroit sympathique et pas cher près de Covent Garden, mais elle a préféré m’inviter au Lanesborough Hotel pour une vraie version du Afternoon Tea.

Le salon du Lanesborough
Au départ, je me sentais encore un peu mal de me faire payer la traite, mais au final je me suis fait à l’idée que cette dame préférait fréquenter les endroits chics plutôt que de trainer dans les endroits réservés à la plèbe. Comme cela fait bien un moment que je veux faire l’expérience du vrai Afternoon Tea, j’ai décidé de profiter de l’occasion et d’arrêter d’avoir des scrupules. 

Encore une fois je confirme que je ne suis pas faite pour la haute. Ces endroits un peu pincés sont magnifiques, mais le mode décontracté finit toujours par me manquer à un point ou à un autre. Je dois quand même dire que j’ai passé un très agréable moment. Bien moins bizarre que la dernière fois. Peut-être parce que je connaissais mieux Lily aussi. Je savais un peu quelle tournure allait prendre la conversation, alors j’étais relativement préparée.

* En passant le paysage anglais est incroyablement beau à travers la fenêtre du train. Aujourd’hui il pleuvait, alors présentement, avec le soleil qui se couche dans quelques minutes, la lumière crée un effet saisissant. Tout semble plus vert et le ciel grisâtre laisse passer quelques rayons de soleil. Hummm… *

Pour vous mettre dans le bain de la tradition, il existe deux types de English Tea : Le High et le Low Tea. Le High Tea est pris entre 18h et 19h tandis que le Low Tea se veut une collation d’après-midi donc il est sévi habituellement entre 15h et 17h. En fait, les termes 'low' and 'high' se réfèrent à la hauteur des tables sur lesquelles le thé était servi à l’époque. Le Low tea était servi au salon, sur une table basse près d’un canapé ou de chaises confortables. Le High tea quant à lui, était servi dans une salle à manger et comportait beaucoup plus de victuailles que son comparatif d’après-midi. Croyez-moi, le Low Tea n’a rien à envier au High Tea, car la collation est plutôt copieuse. Tellement, que je n’ai pas soupé ce soir-là.

Afternoon Tea - Alexander Rossi
La coutume tient son origine de Catherine de Bragança qui a été la femme de Charles II à la fin des années 1600. Elle a importé cette tradition du Portugal où les femmes de la cour se regroupaient dans l’après-midi pour discuter de politique…oui, oui, de politique :) Ce qui est intéressant, c’est que les Anglais ont eux-mêmes exporté cette tradition quand ils ont colonisé les Amériques. Aujourd’hui dans certaines parties des États-Unis, les femmes se rencontrent encore pour planifier des activités communautaires. Bien que le repas et le breuvage aient quelque peu changé, les "4 o'clock sitting chat" sont en fait la version 20e siècle d’une tradition portugaise anglicisée.

Le thé est un art ici. Il existe une méthode très élaborée pour ébouillanter l’herbe magique de la bonne manière afin de profiter le plus possible de son goût complexe et subtil. Le thé est habituellement accompagné par des sandwichs aux concombres, aux œufs, au jambon et au saumon fumé. Ces petites mignardises sont très simplement concoctées et contiennent peu d’ingrédients. Or, cela ne veut pas dire qu’elles sont ordinaires pour autant. Les Anglais sont des fans des condiments – cela leur vient de leur passé colonial, d’où ils ont puisé les épices qui sont à la base de leur préparation – alors, ces amuses-gueules sont remplis de saveurs délicates qui accompagnent très bien la bien-aimée boisson chaude.

* Est-ce que je vous ai déjà dit que j’adore prendre le train? Je pense que c’est mon moyen de transport favori. Pourquoi n’a-t-on pas un service ferroviaire plus développé et efficace au Canada? Ce serait si agréable… *

Mais, ce n’est pas tout. Les petites sandwichs salées font ensuite place à des petites bouchées sucrées : scones, gâteaux (aux fruits, Battenberg, Victoria) et pâtisseries de toutes sortes sont accompagnés de clotted cream, de costard et de confiture. Tout dans les fesses!

Place de choix près du foyer :)
Plusieurs grands hôtels vont même vous proposer la combinaison avec un verre de champagne. Le Champagne High Tea est réservé aux portes-monnaie fournis, je vous avertis. Ce sera donc pour la prochaine fois que je viendrai à Londres avec mon bel et richissime amoureux!

De nos jours, le Afternoon Tea formel est généralement considéré comme un cadeau que les gens s’offrent. Ils se retrouvent entre amis ou en famille dans un grand hôtel ou un tea shop et profite du moment pour papoter en paix, près d’un foyer l’hiver ou dans le jardin l’été. 

* Tiens donc! Quelle coïncidence, la dame passe pour nous offrir thé et café. Pour me mettre dans l’ambiance pourquoi pas un petit Ceylon *

Ici, on affectionne tous les différents thés pour leur multitudes de goût. Un peu partout, lorsqu'on en commande au restaurant ou à un comptoir-lunch, on peut donc décider quelle sorte spécifique de thé on veut. La plupart proviennent d’Inde, du Pakistan, du Sri Lanka et de la Chine. Chacune des variétés ne se boira pas au même moment de la journée : on privilégiera un thé plus fort le matin (English Breakfast, Earl Grey) et un thé plus doux l’après-midi (Orange Peko, Darjeeling).

Un peu comme le café, le thé sera servi avec du lait et du sucre. Comme l’infusion est très intense, les gens préfèrent diluer leur thé avec du lait. La blague chez les British c’est que seuls les étrangers diluent leur thé avec de l’eau chaude. Ils te demanderont donc comment tu prends ton thé : white or black? De mon côté, j’ai constaté que j’aimais vraiment mettre un petit nuage de lait dans mon thé … ce qui a fait réagir ma maman quand elle est venue me visiter. La seule personne qu’elle connaît qui buvait son thé blanc était ma grand-maman maternelle. Alors, je déguste maintenant tous les jours un thé en pensant à Mamie Tony :)

*Je suis certaine qu’elle adorait prendre le train elle aussi, Mamie la grande voyageuse…*

vendredi 11 mars 2011

Transport Chronicles


Je vous ai déjà parlé, d’à quel point les transports ici sont une source à la fois d’angoisses et de divertissement. Cette jungle urbaine doit être apprivoisée et domptée afin d’en retirer profit, à tous les niveaux. Le métro est encore l’endroit le plus déjanté en ville, mais je dois vous confier que j’ai découvert, il y a quelques semaines, les vertus du double-decking (a.k.a. les autobus rouges à deux étages).

Un des bonheurs d’accueillir des amis en ville, c’est de sortir beaucoup et donc de voyager énormément en transport en commun. On a donc accumulé, Marie, Mathieu, Rukmini, Paul et moi, de multiples histoires de bus et d’Underground.

Avec les double-decks il faut quand même s’habituer à cette impression que l’on a du deuxième étage, que les autobus écrasent les gens sur la rue. C’est saisissant au début quand même. La perspective n’est pas toujours fidèle à la réalité et on sursaute systématiquement lorsqu’on y monte pour les premières fois. Or, rien n’est plus amusant que de dévaler les rues londoniennes en hauteur.


Petit conseil si vous venez à Londres et que vous sortez après le dernier métro, il faut que vous fassiez signe à l’autobus pour qu’il s’arrête à l’arrêt, sinon il va vous passez dans la face. Mais rassurez-vous, vous ne pourrez jamais manquer votre objectif puisque le chauffeur annonce les stops au micro tout au long du trajet. Si vous êtes chanceux, vous tomberez sur le chauffeur à la voix porno.

Il parlait autant que respirait dans son micro ce qui nous a fait pouffer de rire simultanément moi et Marie. Imaginez cette phrase dite langoureusement avec un peu trop d’intensité, d’accent anglais et de respiration et tentez de rester sérieux : « This is a picadilly line service to Cockforters »

Prendre le bus vers 3 heures du mat vient aussi avec son lot de responsabilités. Il faudra peut-être que vous sauviez une jeune femme en détresse. Dans notre cas elle se prénommait Luca. Victime de la mode décourageante de sa génération anglaise elle a eu besoin qu’on la tire des griffes d’un individu louche à la dentition défaillante qui s’était éprise de son anatomie ostentatoire au coin des rues Euston et Tottenham Court Road. La demoiselle fut sauvée en dépit de son abus de mascara et de fausse fourrure.

Même si la vue des autobus est attirante, descendre dans les limbes du métro nous offre souvent efficacité et récréation. Dans l’Underground on a accès à toutes sortes de personnages, particulièrement vers l’heure de fermeture de ses portes. L’anecdote la plus savoureuse reste encore celle du mec coké dans la Northern Line.

Il est entré dans le train en sautant littéralement à bord et a demandé à la ronde : « King’s Cross?? » Ceci n’est pas particulièrement cocasse, mais l’image doit être complétée en précisant que la question était posée accompagnée de « two thumbs up » avec les yeux écarquillés.

Ensuite, il a tenté de s’asseoir, mais comme toute personne qui a pris de la cocaïne, il était incapable de rester en place. Il a commencé par fouiller dans ses poches pour en faire l’inventaire. Tombant sur sa carte de crédit, qui avait dû lui servir à couper ses lignes de coke, il l’a doucement liché afin de vérifier s’il ne restait, par hasard, quelques soupçons de la substance magique. Ceci eut comme effet de déclencher notre hilarité encore une fois.

Mais, ce n’est pas encore fini. Comme il n’était pas encore arrivé à destination (nous n’avions même pas atteint la station suivante) et qu’il était incapable de rester assis, il s’est levé d’un bond, s’est agrippé au poteau pour danser autour gracieusement. Finalement arrivé à la station suivante (la première, là, pas encore sa destination), il s’est lié d’amitié avec un monsieur trop saoul qui est entré dans la rame. Les deux hommes semblaient se comprendre parfaitement. C’était vraiment drôle!

Mais dans le métro on croise aussi des gens un peu fatiguant, notamment, cette Belge qui, nous entendant parler français s’est écriée : « ah non! Pas encore des Français!! ».  Marie, d’un air bête, leur a répondu de manière brève et claire « NON! ». En continuant de nous écouter parler et en entendant un « c’est de la marde » elle finit par comprendre qu’on était des Québécois. Évidemment, elle s’est mise à sortir les sacres qu’elle connaissait.

Un peu excédé par ce trop-plein de stéréotypes, Mathieu lui a fait remarquer que nous utilisions aussi le terme Caribou à toutes les sauces. Celle-ci n’a pas compris le sarcasme et s’est mise à crier « Tabarnak de Caribou » dans le métro. Vraiment glorieux! On était assez contents qu’elle finisse par descendre à la station Camden Town.

D’ailleurs, c’est à cette station que l’on peut observer les plus rares spécimens.  Pour vous donner quelques exemples, je peux mentionner : ce couple de punks d’environ 45 ans qui a adopté le style dans les années ‘80 et qui, aujourd’hui, s’y conforme toujours à la lettre; la fille avec les dreds de toutes les couleurs arborant une passe ornée d’oreilles de chat; plusieurs androgynes, dont une avec une coupe de cheveux de type « bol »; etc.


Or, ce qui est le plus cocasse c’est le peu de subtilité de Marie. Lors de toutes ces péripéties de transport, elle s’exclame souvent d’un rire, d’un arke ou de toute autre onomatopée ou commentaire.

Marie - « arke c’est international ça??!! »
Moi -« oui »
Marie - « fuck »
Moi – soupir…

Un soir en direction de Hampstead, je remarque un homme qui laisse gentiment sa place à une jeune femme dans le métro. En mentionnant à mes amis la galanterie de ce geste, Marie me répond sans aucune retenue que l’homme en question a simultanément laissé son siège, remonté ses culottes et ajusté sa ceinture devant elle.

Le monsieur devait parler français ou au moins le comprendre parce qu’il a souri de toutes ses dents à Marie à la suite de cette observation si juste. Elle a pu se racheter un peu en baragouinant une explication quelconque sur les aléas de la vie d’un pantalon et d’un homme galant. C’était assez cocasse de la voir essayer de se sortir du pétrin… L’homme n’était pas du tout fâché, évidemment!

Pour finir, je dois souligner que Mathieu s’est beaucoup amusé avec les noms des lignes et des stations de métro. Bakerloo, Jubilee, Elephant and Castle, Euston (on a un problème…), Osterley, Pimlico, Pudding Mill Lane, Ruislip, et j'en passe. Quoique son classique restera tout de même la « Picadilly line to Cockfosters »...




mardi 8 mars 2011

People Watching

Être avec Marie est synonyme de « people watching ». Londres a une faune merveilleuse pour vaquer à cette activité ô combien importante à nos yeux… et divertissante, disons-le. Prendre le métro et fréquenter les endroits populaires aide aussi à trouver des spécimens rares. Pour vous mettre dans le bain, Londres compte plus de sept millions d’habitants qui forment un melting-pot culturel et stylistique particulièrement éclectique. Chaque quartier a son propre caractère et nous donne accès à un monde qui n’est absolument pas comparable à Montréal. De là notre enthousiasme!

Autant on peut trouver des hommes, des femmes, des enfants et même des chiens pleins de style, autant des désastres déambulent sur les rues et affublent leur goût vestimentaire. Le problème, c’est qu’ils essaient trop de ressembler à la première catégorie…et ils manquent leur coup allègrement. Trop c’est comme pas assez…

En bonnes politologues, nous avons développé les idéaux types du style londonien sur deux axes. Référez-vous à la photo pour comprendre nos explications :

Nuage de points illustrant la proportion de population dans chacune des catégories.
Comme dans toute capitale de la mode, Londres est à la jonction entre le classique et le nouveau genre. On peut trouver des trucs magnifiques, mais malheureusement hors de prix. Or, comme Miss Marie est la pro du magasinage efficace, elle déniche tout plein de jolies choses pour un prix fort raisonnable (bon, c’est relatif!). C’est pourquoi notre axe principal se définit sous le signe de l’élégance.

Beau Classique

- Belles bottes cavalières noires ou brunes (dans toutes les teintes)

- Manteau de feutre bien coupé, agrémenté d’une belle broche

- Chapeau ou béret de couleur
En passant, les Londoniens portent beaucoup de chapeaux, probablement à cause de l’humidité et de la reine qui possède la plus impressionnante collection de couvre-chefs. Marie milite fortement pour la réhabilitation de cet accessoire mode chez nous. Son slogan : fuck les tuques câlisse! :)

- Les foulards circulaires

- Les chaussures juste assez hautes

- Une utilisation sans faille des accessoires

- L’homme de la city 
Pas seulement celui en habit, mais aussi celui qui réussit à être chic en Converse, juste assez négligé, mais pas trop, un peu bobo.

- Les hommes qui portent des bottes lacées, mais un peu détachées, avec le pantalon qui tombe nonchalamment à l’intérieur

Beau Derrière mode

- Le rockabilly qui revient à la mode et qui est très bien porté et incarné surtout par des filles (les soirées swing sont revenues en force ici)

- Certains hipsters, Top-Shop-style mais qui réussissent leur coup de la coiffure aux chaussures, en passant par les lunettes.

- L’utilisation des accessoires funky qui passeront de mode la saison prochaine, qui n’ont pas coûté trop cher, mais qui ne semble pas être du toc non plus. (Vivement les Accessorize!)

- Le retour du rouge à lèvres écarlate et des yeux de chat assumés et bien portés pour donner un petit twist burlesque aux « ladies ».
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Mais bon, on est politologues, mais on n’est pas politically correct pour autant. On ne fait pas du people watching pour remarquer les belles personnes… sauf quand les garçons sont « gorgeous », alors le deuxième axe se décline sous le signe du ridicule.
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Laid Classique

- Chaussures et ongles assortis : voir la photo… Ça veut tout dire! 

- Juste les Anglaises…
C’est dur de vous expliquer, mais elles ne sont pas super belles, manquent définitivement de classe et font souvent pitié. Pour vous donner un exemple, elles ne savent tellement pas boire, qu’elles vomissent devant le bar aussi de bonne heure que 9h. Un autre exemple : en sortant d’un « after-hour » qui ferme à 3 heures du matin (!!), elles enlèvent leurs chaussures trop hautes et titubent vers leur arrêt de bus. On peut donc avec horreur et amusement observer leurs fesses exemptes de tout sous-vêtement, car leur jupe beaucoup trop courte remonte allègrement pour nous dévoiler leur cellulite, ainsi que tout ce que nous aurions préféré qu’elle garde pour elle…

Avoir l’air d’une pute
Bon, à Montréal aussi ça existe, mais ajouté "anglaise" à l’équation et vous comprendrez pourquoi c’est pire.

- Les gars chics, mais trop saouls
En sortant du bureau, l’homolondonius se dirige vers le pub tout gracieusement vêtu pour s’enfiler le plus de pintes possible en un temps record, car les bars ferment à 12h. Sans nourriture, ils se transforment donc en d’ignobles gnomes sans classe, un peu agressif sur les bords qui font des commentaires salaces à la gent féminine. Précisons qu’un mec, aussi bien habillé soit-il, qui a un peu de vomi sur la manche de son veston ou sur le col de sa chemise, perd un peu de classe… Nice Bloke!



Laid Dernière Mode

Patate au four
C’est le retour du tissu aluminium autant utilisé dans la fabrication d’horribles robes (portée par une fille à la bedaine de bière qui ne connaît pas l’existence du j-string) que dans la doudoune (chez l’homme en manque d’attention) !!!!

- Les grands-mères trop hipster
No comments… 

- Le retour de la fourrure
Trop souvent de la fausse qui a l’air fausse. Des fois à motifs. Des fois à poil long, style autruche. En chapeau et en bottes aussi. Arke!

- Tout de motifs vêtu
Il y a une limite à mélanger les motifs ou à porter un one-suit en léopard.

- Juste trop…
Trop de bijoux, Trop de maquillage!!!!!, Trop...
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Bref, on trouve ici, du meilleur comme du pire. Est-ce cela qui fait de Londres une capitale de la mode? Dur à dire. Du pire il y en a partout de toute manière. Pensez seulement aux pantalons de jogging portés en public. N’est-ce pas un fléau répandu à travers le monde?

P.-S. Message aux Anglaises : les leggings c’est pas des pantalons, les collants c’est pas des leggings, pis les jeggings c’est laid!

samedi 5 mars 2011

To Be Friends and to Befriend

À Opal 4 vit un renard. Un beau renard roux qui erre entre Tufnell Park et les bâtiments où j’habite. Un renard que je croise presque tous les soirs à mon retour à la maison, ou quand je vais courir au parc.

À Opal 4 vit aussi une jeune fille qui se cherchait des amis il n’y a pas si longtemps. Une jeune fille qui n’était pas sur sa planète et qui avait laissé sa rose sur son astéroïde.

Vous connaissez cette histoire non ? Celle du Petit Prince. Bien, depuis que j’ai croisé le renard de Tufnell park la première fois, j’ai ce conte en tête. Je ne sais plus combien de fois j’ai pu lire cette fable. Malgré tout, je ne me rappelais plus clairement qu’elle était la leçon à tirer de la rencontre entre le petit homme et l’animal fauve.

Lors de sa visite, j’en ai glissé un mot à ma mère qui m’a gentiment rappelé que le renard du petit prince était le symbole de l’amitié. Pas n’importe quelle amitié : les vraies relations, avec des gens que l’on a pris le temps d’apprivoiser.

Être loin, c’est aussi avoir un point de vue différent sur ses amis, les plus anciens comme les nouveaux. On doit se réajuster avec tous ces camarades que l’on a rencontrés il y a des années lumières déjà, parce qu’il faut apprivoiser notre nouvelle relation à distance. Et on doit aussi commencer de rien avec ces nouvelles personnes que l’on rencontre à l’étranger, parce qu’ils sont la clé d’une vraie expérience en terre internationale.

Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi qu'un petit garçon tout semblable à cent mille petits garçons. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu m'apprivoises, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi unique au monde. Je serai pour toi unique au monde...

Ce n’est pas facile de comprendre pourquoi il faut apprivoiser les gens. Combien de fois j’ai dû me présenter depuis deux mois ? Des centaines ? Parfois à des gens qui ont oublié mon nom à la minute qui a suivi, parfois à des personnes qui remplissent quotidiennement ma vie maintenant. Pourtant il y en a peu que j’ai véritablement envie d’apprivoiser, peu pour qui j’ai envie d’investir temps et patience, peu qui deviendront assez importants pour être synonyme de Londres. Mais quelques unes de ces personnes croisées sur le chemin sont des perles que la vie met sur notre route. On tombe sous le charme au premier moment, par curiosité, intérêt ou même par affront, mais ce n’est qu’avec le temps que l’on pourra départager les compagnons de route des passagers clandestins.
Ma vie est monotone. Mais, si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un bruit de pas qui sera différent de tous les autres. Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique. Tu vois, là-bas, les champs de blé ? Je ne mange pas de pain. Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste! Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé! Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé...

Ce n’est pas facile non plus de laisser tous ses amis derrière. De ne pas pouvoir leur parler quand on veut, les inviter à souper rien que pour avoir le plaisir de discuter et rire avec eux. Le problème avec les nouveaux amis, même s’ils sont fascinants, c’est qu’ils ne viennent pas avec les belles histoires. Avec tous ces souvenirs, ces années partagées. Ils ne comprennent pas encore les silences, les expressions de votre visage, ils ne savent pas d’où vous venez et n’ont pas encore eu accès à votre jardin secret. Leur virginité est agréable, mais des fois on a besoin d’expérience :)

On ne connaît que les choses que l'on apprivoise, dit le renard. … Il faut être très patient. Tu t'assoiras d'abord un peu loin de moi, comme ça, dans l'herbe. Je te regarderai du coin de l'œil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t'asseoir un peu plus près... 

Or, le temps fait bien les choses et au moment où l’on commence à sentir un besoin de « chez-soi », les relations nouvelles le sont de moins en moins. Les amis londoniens commencent à connaître la Audrey londonienne et Londres semble vouloir prendre le titre de « chez-nous ». On établi des rites comme des « girls night out » ou des « Bios seminars nights ». On s’écrit des textos pour se dire comment le weekend s’est passé. On va dîner sur la terrace de la Somerset House quand le soleil se pointe le nez dehors. Et les « enchanting stories » commencent à prendre forme d’elles mêmes.
Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l'après-midi, dès trois heures je commencerai d'être heureux. Plus l'heure avancera, plus je me sentirai heureux. A quatre heures, déjà, je m'agiterai et m'inquiéterai; je découvrirai le prix du bonheur! Mais si tu viens n'importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m'habiller le cœur. Il faut des rites.

Il y a immanquablement ces amis de toujours. Ces personnes essentielles qui viennent te visiter même quand tu es à l’autre bout du monde. Qui prennent la peine d’amener le rituel jusqu’à toi. Une tribu qui débarque pour découvrir ton environnement, en profiter un peu et se rassasier de ta présence, aussi incroyable que cela puisse te paraître. Ces amis qui créent de nouveaux rituels pour palier à la distance: les cartes postales, les conversations Skype, les courriels, les petits mots gentils sur Face de book ou les niaiseries imagées :)

Voici mon secret. Il est très simple: on ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux. C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. Les hommes ont oublié, cette vérité, dit le renard. Mais tu ne dois pas l'oublier. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. Tu es responsable de ta rose...


Même si les amitiés se redéfinissent à travers la distance, elles restent toutes inestimables et indestructibles. Parce qu’on leur a alloué du temps, de l’énergie, de l’amour.

Je pense à vous souvent mes amis ! En regardant des paysages, en visitant des musées, en me baladant dans les rues ou même en travaillant. Je pense à vous tout le temps et par vos messages ou votre visite vous vous taillez une place à l’intérieur de cette vie que je me suis fait ici. Vous me manquez, tous sans exception. Pour les mêmes raisons pour lesquelles j’avais décidé de vous apprivoiser au départ, j’aurais envie de vous avoir avec moi. Ces raisons pour lesquels vous êtes des amis uniques et indispensables.

Et quand l'heure du départ fut proche:
- Ah! dit le renard... Je pleurerai.
- C'est ta faute, dit le petit prince, je ne te souhaitais point de mal, mais tu as voulu que je t'apprivoise...
- Bien sûr, dit le renard.
- Mais tu vas pleurer ! dit le petit prince.
- Bien sûr, dit le renard.
- Alors tu n'y gagnes rien !
- J'y gagne, dit le renard, à cause de la couleur du blé.

Ces quelques amis magiques que j’ai eu la chance de me faire à Londres, eux, continuent à m’apprivoiser autant que je les apprivoise et un jour je pourrai dire qu’ils font partie de moi, comme vous faites partie de moi. Comme je vous ai dit au revoir pour quelque temps, je leur dirai aussi au revoir un jour. Peut-être que je pleurerai, comme le renard quand il a été le temps pour le Petit Prince de partir. Mais je ne perdrai rien, au contraire, car j’aurai tous ces souvenirs qui m’aideront à me rappeler qu’ils sont uniques au monde et que quelque part dans un autre pays, ils continueront leur vie en promenant dans leur cœur une petite québécoise aux joues roses.

Si tu aimes une fleur qui se trouve dans une étoile, c’est doux, la nuit, de regarder le ciel.