vendredi 15 avril 2011

Sunny side up!

J’ai passé trois mois et demi in Foggy London Town, alors je peux vous dire que lorsque le soleil a commencé à se pointer le nez j’ai eu la même réaction que mes compatriotes anglais : j’ai eu peur ! Je vous jure, autant que le soleil est un concept complètement abstrait pendant les mois d’hiver, autant quand il se montre enfin, les Londoniens restent perplexes et presque embarrassés. Non, mais, pensez-y… on a vécu pendant des semaines sans lumière et sans chaleur, on a cohabité avec la pluie, son humidité et son vent sournois, et là il faut se réhabituer à plisser le nez, à enlever les pelures d’oignon et à s’asseoir sur les bancs de parc (que l’on croyait être installés là pour tromper les touristes).

Oh vous croyiez vous aussi que c’était un cliché de dire que Londres est une ville pluvieuse et grise ?! Bien, je vous l’assure maintenant, c’est tout à fait vrai. Cependant, elle n’est pas moins belle ou moins attrayante pour autant la Capitale britannique. Je vous avoue même qu’elle est vraiment jolie, cette ville, dans la grisaille de l’après-midi avec les réverbères et la fine pluie qui tombe. On se prend à regarder les édifices et à se demander s’ils ont été construits en conséquence du climat, sachant qu’ils seraient plus charmants sous une couche de brume et qu’ils seraient appréciés par des quidams cachés sous des parapluies (expliquant la quasi-absence des gratte-ciels dans le Square Mile).
Cela dit, je me suis plainte plus d’une fois du manque de lumière. J’en étais même un peu déprimée à la fin du mois de février. Pendant que vous, vous vous tapiez ces froids de canard qui apportent avec eux le soleil magnifique de l’hiver, j’étais sous la pluie à regretter (quelquefois, mais quand même pas souvent) la neige, le ski et les rayons qui nous réchauffent dans les remonte-pentes.

Mais tout d’un coup, sans avertir, comme ça sans crier gare, l’été est arrivé. On est littéralement passé du perpétuel mois de novembre aux journées parfaites de juin. Les soirées sont très fraiches, mais sérieusement, le jour on se croirait en plein été. C’est génial !

Avec cette température frôlant les 25 degrés au zénith du jour, vient toutes ces choses qui nous rendent fous quand on a passé à travers les mois d’hiver : les terrasses, les fleurs, les sorties au grand air, les pique-niques, les chaussures portées sans bas, les jours qui rallongent et les promenades du soir qui viennent avec…


Je ne me rappelle pas si je vous ai raconté que l’endroit où j’habite est rempli d’oiseaux de toutes sortes. Comme je ne suis pas loin de Hampstead Heath, le grand parc qui est au nord de Londres (j’en avais parlé ici), la faune dans mon quartier est assez incroyable. En plus de mon ami le renard (dont je vous ai parlé ici), il y a ces tonnes d’oiseaux qui viennent chanter à ma fenêtre. Et avec le soleil, est arrivé le temps d’ouvrir les fenêtres et d’écouter les sons de l’extérieur.

À Montréal, dans mon appartement de Villeray, cette étape cruciale annonçant l’arrivée de l’été, concorde souvent avec la fête des Mères et donc, avec l’odeur de bacon émanant de l’Oeufrier le dimanche matriarcal venu. Ici, cette étape est aussi arrivée avec la fête des Mères (Britannique, soit le 8 avril), mais a plutôt apporté avec elle le chant des pies (Magpie en anglais). « Être bavard comme une pie », c’est une expression très à propos je peux vous le confirmer. C’est assez sympathique de les entendre jaser à toute heure du jour et de la nuit :)

Mais ce qui est le plus frappant avec la réapparition du beau temps, c’est à quel point Londres est différente, à quel point je redécouvre totalement mon environnement et les endroits qui me semblaient familiers. Premièrement, les gens sont souriants. C’est presque bizarre de dire cela, mais je crois que le mauvais temps rend les gens mornes à la longue. Avec ces belles journées, les Anglais se sont transformés en « nice blokes » se lançant des farces et des compliments en l’air sans raison. Les hommes et les femmes recommencent à se parler décemment et à se sourire en entrant dans l’ascenseur. Quel changement d’ambiance !

Deuxièmement, Londres est maintenant remplie de fleurs. Les pommiers et les cerisiers arborent respectivement leur belle couleur rose et blanche, et abondent d’une odeur fantastique. Les parterres nous offrent leurs tulipes multicolores (je crois que c’est pour elles que j’aime autant le printemps, elles sont si belles !) et les rues, parcs et autres endroits publics raisonnent enfin des sons d’enfants qui jouent frénétiquement.


Je devais lire plusieurs textes dimanche dernier question de me garder à flot dans le travail qui pullule en ces dernières semaines ici. Mon amie Angela a eu la brillante idée de m’inciter à aller m’installer à Kensington Garden afin de joindre l’utile à l’agréable. Je me suis donc préparé un lunch, prit la couverture sur mon lit et je suis allée m’acheter des bières en chemin. Rendue là-bas, j’ai passé la journée à lire, à écouter de la musique, à rêvasser et à regarder les gens vivre tout en faisant autant de photosynthèse que possible.

C’est là que je me suis rendu compte à quel point nous avons tous besoin de faire diminuer le taux de mélatonine dans notre corps à ce moment de l’année. Le parc n’était pas seulement bondé, mais les gens y étaient complètement hystériques. Les uns jouant au soccer torse nu et les autres essayant de retenir leurs enfants d’aller se saucer dans le bassin encore un peu brun vert. Les familles, les amis, les solitaires comme moi, tout le monde étaient réunis sous le soleil aux quatre coins de Londres.

Angela est venue me rejoindre un peu plus tard et on a partagé ma bière en discutant travail sans même s’en rendre compte, comme si ce sujet de conversation devenait soudainement plus léger dans l’air chaud. Mon amie portugaise a attaché nonchalamment un foulard autour de sa tête, a mis ses grosses lunettes « à la Bardot » et s’est étendue comme si c’était un don inné que de savoir s’offrir au soleil. J’en étais presque jalouse, découvrant ainsi que notre côté latin (a.k.a. aimer avoir du plaisir et toucher les gens) s’arrête où notre côté anglais commence.

Vous savez ce que je me suis payé en chemin vers la maison ? Une crème à glace ! Un bon cornet de crème glacée au chocolat pour me récompenser d’avoir lu et annoté les six textes qui gisaient depuis trop longtemps sur mon bureau et d’être assez intelligente pour savoir repousser les murs de mon bureau au-delà des allées briquetées de LSE.


En espérant donc que ces dix jours fabuleux décident de se reproduire. J’adorerais, moi, que mon dernier mois soit baigné de lumière et de cette ambiance de fête estivale. Bon, si j’en crois ce que mes collègues m’ont dit, c’était ça l’été… ces dix jours-là, that’s it that’s all !

Comme je ne suis pas encore devenue cynique et négative comme eux (ayant vécu beaucoup moins longtemps ici qu’eux), je reste convaincue que Dame Nature va me gracier d’une météo exemplaire afin que je puisse revenir avec toutes ces belles images, odeurs et autres merveilles avec moi à Montréal. Et comme ma relation avec la grande Dame, vous le savez déjà, est assez exceptionnelle, je ne peux que rester fidèle à mon positivisme et garder espoir !

samedi 9 avril 2011

Going back in time...


Ça s’est passé assez rapidement. À mon retour de Copenhague, le dimanche, je suis arrivée pile-poil pour pouvoir profiter de la première journée de printemps qui se prend pour l’été. Je n’ai donc pas hésité quand François m’a texté : « Hyde Park Corner dans 1 heure? » J’ai répondu « OK, à+ », j’ai déposé mon sac et j’ai mis mes RayBan.

En se baladant entre les patineurs et les enfants en trottinette, on jasait tout bonnement du premier mois et quelques de François à Londres et de mon dernier mois et quelques à moi dans ce paradis urbain. On s’est mis à énumérer les trucs qui sont inscrits sur notre To-Do List et à planifier quelques sorties. On en est venu à mentionner Brighton au vol, car plusieurs de nos amis respectifs y passent des weekends par-ci par-là et vantent sa plage et son bord-walk. Je n’ai donc pas hésité quand François m’a lancé : « Brighton, samedi prochain? ». J’ai répondu « OK, je m’occupe du train, tu t’occupes des sandwichs ».

Nous voilà donc dans le train samedi dernier à 11 heures, café à la main, assis face à face à essayer de tenir une conversation malgré le peu de sommeil que nous avions tous les deux accumulé dans les derniers jours. On était quand même heureux de sortir de la ville et d’aller humer l’air salin de Brighton. Je ne pourrais pas vous dire si c’est mon état végétatif ou seulement mes synapses qui étaient déréglées par le nombre d’heures de travail enregistré, mais j’ai eu l’impression dès mon arrivée que j’avais fait un voyage dans le temps.


Brighton est l’une des stations balnéaires les plus célèbres d’Angleterre. Les Londoniens y vont pour prendre l’air et le reste du monde y converge pour la plage et les immersions anglaises (plusieurs programmes sont offerts par l’Université de Brighton). 


Parmi ses bâtiments célèbres, on compte l’extravagant Brighton Pavilion qui a été construit à la fin du 18e siècle/début 19e pour le Prince Regent (qui deviendra le Roi George IV). Son aspect indien à l’extérieur est assez spécial. J’ai lu quelque part que son intérieur est décoré à la chinoise. Beau mélange…

Bien qu’on ait aperçu l’extérieur de cette impressionnante bâtisse et que l’on a mis notre nez à l’intérieur de deux ou trois galeries d’art, notre visite ne peut pas réellement être qualifiée de culturelle ou d’historique. Quoique si vous considérez glander sur la plage en buvant des bières comme historique et culturelle, ça va :)

Non, sans blague, on est quand même allé se balader longtemps sur la plage de galets et on est allé fouiner au Brighton Pier. Cette jetée est une vraie fête foraine flottante. C’est incroyable ! Avec les machines à sous, son grand carrousel, la maison hantée, les manèges de toutes sortes et les jeux où l’on peut gagner des toutous, tout est là réuni pour créer un paradis pour les jeunes ; barbe à papa, sucreries et pop-corn en prime.

Cet endroit m’a bizarrement donné une impression de déjà-vu. Comme si, plus jeune, j’étais déjà passé là ; quoique c’est probablement des relents de mon voyage à Murtle Beach… En fait, ce qui nous donne l’impression de retourner encore plus dans le temps, c’est le look vaguement vintage de l’endroit. Mélangez ce décor avec les vêtements matelots et le style vieillot qui sont à la mode cette saison et on se croirait de retour dans les années Mad Men.

La seule chose qui détone totalement et qui nous retourne subito presto à notre époque est la présence de couples homosexuels avec leurs enfants. Magnifique!

Cette petite ville portuaire est aussi réputée pour être un lieu artistique prisé. Les festivals estivaux sont nombreux allant de la musique électronique à la poésie en passant par la peinture contemporaine. Malheureusement, je ne serai pas là pour voir ça, car le premier de ces festivals débute le 12 mai prochain, trop tard pour que je puisse y faire un saut, même un petit saut de puce.

D’ailleurs, en vous écrivant, j’écoute Bonobo, un pionnier de la musique downtempo. J’ai su en lisant un peu sur l’histoire de B-Town que Bonobo (a.k.a. Simon Green) est originaire de Brighton et que c’est essentiellement dans les bars de cette ville qu’il a fait ses débuts. Voici une pièce de son répertoire que j’aime beaucoup :

 

Un autre son m’a emballée à Brighton, vous savez le son de la mer quand les vagues se brisent sur la berge ? Je l’adore. J’aurais pu passer la journée entière les yeux fermés à écouter ce son remplir mes oreilles, ma tête, mes poumons, mon corps tout entier. C’est le son puissant de la nature. Celle qui te remet les deux pieds sur terre. Celle qui arrête la terre de tourner et qui te permet d’apprécier le rayon de soleil qui réchauffe tes épaules, ton dos, tes cheveux, ton corps tout entier.

Je suis revenue de Brighton drainée (héhé, celle-là c’est pour Vaness et Gen !). J’étais comme un enfant après un après-midi au grand air. Je me suis couchée à 11h avec les joues colorées par la photosynthèse de la journée et un grand sourire collée au visage. Je suis restée dans cet autre espace-temps encore toute la nuit, profitant du son de la houle pour bercer mon sommeil…

dimanche 3 avril 2011

Canada votes

Ça sent la campagne jusqu’à Londres! Non, non pas les champs avec les vaches et la bouse là… quoique :-P


Cette semaine j’ai fait les démarches afin de pouvoir voter par la poste et j’ai commencé à lire les journaux à la recherche d’indices qui me permettraient de me faire un dessin du pays que je retrouverai à mon retour. Ne croyez pas que parce que je suis loin, tout ce brouhaha politique n’attire pas mon attention. Je retournerai bientôt au Canada et j’espère sincèrement revenir vers un endroit dont je n’ai pas trop honte. La première partie de mon travail d’électeur (à distance) est remplie, la suite est encore plus importante. 

Étape numéro deux : vous parler d’élection sans vous faire fermer la page de ce blogue. Bien quoi? Je ne peux quand même pas passer par-dessus l’occasion de parler de la présente campagne électorale. Vous me connaissez trop bien pour ignorer l’importance que j’accorde au simple geste de voter. Et j’espère sincèrement contribuer à ce que vous fréquentiez les bureaux de scrutin au début du mois de mai.

Bon, j’ai conscience qu’il faille un petit travail de sensibilisation pour que, même vous mes chers amis, compreniez tout l’intérêt de ces batailles de mots. Vous allez dire que c’est mon travail et que j’aime ça, mais je dois vous avouer que les campagnes électorales c’est cool!

Premièrement, parce que ça vous touche tous, sans exception. Que vous soyez étudiants ou que vous travaillez depuis maintenant un bon bout de temps; que vous aillez des enfants ou que vous planifiez en avoir un jour; que vous empruntiez le pont Champlain tous les matins ou rêviez d’un crédit d’impôt sur l’achat de votre prochaine voiture écoénergétique; que vous appliquiez sur des subventions en recherche ou en culture; que vous preniez votre retraite dans 10 mois ou dans 30 ans; que vous soyez fervent défenseur du Québec ou seulement un amoureux de votre province; que vous ayez horreur de voir partir des soldats à l’étranger ou que vous vous souciez uniquement de pouvoir voyager librement partout au monde; que l’état de l’économie affecte votre bonus annuel ou votre emploi directement; la présente campagne électorale vous concerne.

Deuxièmement, les élections c’est cool, parce qu’il faut voter pour avoir le droit de chialer. Ça, c’est ma règle. Si vous n’êtes pas content de ce qui se passe au Canada dans les prochaines années et que vous regardez vos représentants en vous demandant pourquoi ce moron-là a le droit de parole, mais que vous n’avez pas bougé vos fesses le jour du scrutin, fermez là. Je sais qu’un vote ça ne change pas le monde, mais ça vous octroie au moins le droit de chialage. Et ce n’est pas peu dire. Au moins une fois par jour, il y a un truc qui est de la responsabilité du gouvernement fédéral qui a le potentiel de vous affecter. 

Voici quelques exemples d’irritants possible : le taux d’intérêt sur votre carte de crédit, la difficulté de se faire servir en français dans certains quartiers de Montréal, le nombre de places en garderie, la diminution des bourses aux études supérieures et postdoctorales (mon présent et mon avenir), qui sera admis comme immigrant ou non, les coupures en culture et dans l’organisation des festivals (l’été s’en vient), la taxe fédérale de vente, l’état du système de santé universel (est-ce qu’on peut encore l’appeler universel?), la gestion des gaz à effet de serre (GES c’est tellement plus hip!), qui vous avez le droit de marier ou non, les appels tellement gossants de télémarketing, la grosseur des nids de poules sur les autoroutes et les constructions interminables qui occasionnent des bouchons monstres, les taux d’intérêt et l’assurance sur les prêts hypothécaires (pour vous acheteurs de maisons, condos et autres propriétés), ce que vous écoutez à Radio-Canada, la gestion de votre réseau cellulaire et votre facture de téléphone, etc. Je pourrais continuer longtemps comme ça…

Troisièmement, les élections c’est cool parce que c’est la mise en scène d’un jeu qui ne laisse personne indifférent. Quand Stephen Harper nous dit que le Canada ne veut pas d’ « érections inutiles », quand les médias exposent une amourette entre deux candidats adverses en pleine campagne ou quand un trop-plein d’émotion incontrôlé au débat des chefs fait la une, on a tous les actes d’une bonne pièce de théâtre. Entre la tragédie grecque et la comédie satirique, les campagnes sont tellement intenses et sous les feux de toutes les caméras, qu’il s’agit d’un faux pas pour faire rire ou pleurer le pays en entier. En plus, avez-vous remarqué le nombre de comédiens qui s’impliquent en politique depuis quelque temps? C’est la preuve que tout ça est un doux mélange de spontanéité et d’organisation et que l’on peut prendre ça à la légère.

Bon, mon but, n’est pas de vous faire la morale, mais plutôt de vous faire comprendre que l’on a pas à passer des heures devant la télévision ou devant internet comme moi pour connaître tous les détails de la campagne électorale, des partis, de leur chef et de leur plate-forme pour être capable de voter. Vous n’avez aucun besoin de tout ça pour faire un choix éclairé le 2 mai prochain. Un conseil : établissez un seul des enjeux qui vous tient à cœur. Ça peut être quelque chose de précis ou de large, de permanent ou d’éphémère, on s’en fiche. L’important c’est que ça vous touche, que vous vous sentiez interpelé par cet enjeu.

Ensuite, écoutez ce qui vous entoure. C’est pratiquement impossible d’être vierge de toute information pendant une campagne électorale. À la limite, lisez le Journal Métro lors de votre prochain voyage en transport en commun et essayez d’identifier quel parti est le plus près de cet enjeu, répond le mieux à votre souci. Si vous aimez mieux vous identifier à quelque chose de plus près de vous, allez voir sur le site d’élection canada et consulter la liste des candidats dans votre circonscription. Celui qui vous inspire le plus confiance, c’est pour lui que vous votez. C’est aussi simple que ça.

La politique, c’est un choix du cœur. La plupart des gens comme moi qui observent la politique à la loupe s’entêteraient à vous dire qu’il faut y aller avec la tête, faire un choix rationnel et informé. Moi je vous dis, laissez nous parler, tergiverser et analyser et laissez tomber ce qui rend la politique si difficile d’accès des fois. L’important c’est d’aller voter, c’est de donner votre opinion sans vous soucier de ce que les gens pensent. C’était ça au départ le sens premier « d’une personne, un vote ». Il n’y a pas de meilleur vote, de vote qui vaut plus ou moins qu’un autre, de vote éclairé, stratégique, etc. C’est un leurre; chaque vote compte pour un et donc, chaque X est important, même celui qui annule un bulletin (au moins il sera compté et pris en considération). La pire chose reste d'être un "free rider" et de surfer sur le vote des autres (qui, en passant, sont statistiquement des Baby boomers ou encore pire, des personnes âgées qui ne comprennent rien de la société dans laquelle vous rêvez de vivre).


Une dernière chose : parler de politique ce n’est pas nécessairement synonyme de chicane ou de débat. Si vous voulez discuter de votre difficulté de faire un choix, trouvez quelques amis et parlez-leur ouvertement. Les gens que vous aimez le plus sont souvent de bons baromètres de vos opinions. Au pire, si ce n’est pas le cas, vous pourrez brasser des idées ensemble et ça vous aidera à faire un choix. Je vous prescris une bonne bouteille de vin et plusieurs blagues de mauvais goût, ça allège l’atmosphère et fait totalement partie de la politique. Je vous l’ai dit, c’est avant tout un jeu … aux conséquences importantes.

L’étape numéro trois de mon rôle d’électrice, est de faire mon propre choix et de voter. Dans mon cas, j’ai un peu moins de temps que vous pour le faire étant donné que je dois renvoyer mon bulletin de vote par la poste avant le 25 avril. Or, je n’aurai pas trop de difficulté à mettre mon X sur le bulletin de vote cette fois. Je crois que pour cela aussi, la distance m’a aidée à voir clair.

Bonne campagne les amis! Et, en passant, aillez une petite pensée pour Miss Marie qui organise tout ce remue-ménage pour le Bloc Québécois dans Papineau. Des volontaires comme elle, il y en a des milliers au pays présentement qui se démènent pour leurs idées et pour faire changer les choses pour le mieux. Votre vote, c’est aussi une manière de valoriser leur travail ;)

mardi 29 mars 2011

En tur til København


Si vous saviez dans quel état j’étais. Haha ! Avec le manque de sommeil et l’excitation de revoir ma best, j’avais une face de championne comme vous pouvez vous l’imaginer. Je suis descendue de l’avion sous un soleil radieux, mais avec une dizaine de degrés en moins. Ce qui veut dire que j’ai remis bonnet, gants, foulards et pelures supplémentaires dès mon arrivée à Copenhague.

Je savais qu’Ariane avait du travail durant les trois journées que j’étais là, alors je m’étais arrangée pour savoir m’occuper pendant son absence. Ce n’est pas vraiment un problème, car mes habiletés de voyageuse deviennent aiguisées avec le temps et la pratique :) Comme mon vol est atterri vers 10h15 et que le trajet entre l’aéroport et le centre-ville en métro est d’environ 12 minutes, j’ai profité de mon arrivée matinale pour aller déjeuner ; mon plan étant de tracer mon itinéraire de la journée devant un café et quelques victuailles danoises.

Le petit café/resto que j’ai choisi était vraiment très agréable, baigné de lumière et de bonnes odeurs. Dès que je me suis commandé un « brunch classique » et un latte, la dame me demande de payer. Je lui tends ma carte, mais elle m’explique dans son danois le plus clair, c’est-à-dire du chinois pour moi, qu’elle ne prend pas de carte de crédit. Je pars donc à la recherche du premier guichet et retire 100 couronnes. De retour au restaurant, je remarque sur l’addition que le total monte à 115 couronnes. Sans soupirer, je repars avec ma besace vers le guichet et décide de prendre 1000 couronnes supplémentaires, question de ne pas me faire avoir encore une fois.
 
Après l’avoir payé et avoir dégusté la première gorgée de mon café, je décide de m’atteler à comprendre la valeur de cette devise inconnue. Je fais donc la conversion grâce à une application iPhone magique qui m’indique que 115 couronnes équivalent à 23$ CAN. Quelle belle surprise ! Comme je suis Thomas, je décide de refaire la vérification sur un site internet. L’application est sans faille. C’est le petit déjeuner le plus cher que je ne me suis jamais payé de ma vie…mais quel bon repas ce fût.

Bon, il faut dire que Copenhague est la ville la plus chère d’Europe. C’est écrit dans mon guide… que j’ai lu seulement en arrivant. Le gag de la fin de semaine était : au Danemark il n’y a rien de « cheap » sauf Lars Eller :) Les droits d’auteurs de cette bonne blague reviennent au photographe de La Presse qui accompagnait Ariane. Il y a bien rien que les québécois pour faire des jokes de hockey ! Héhé, j’adore !


La petite sirène
J’ai affectueusement baptisé Copenhague la ville aux statues. En plus de la si célèbre Petite Sirène, la capitale est parsemée de bustes, de sculptures et de représentation trois dimensions de toutes sortes. En passant, c’est vrai que la sirène de Hans Christian Andersen est décevante. Un peu comme le Manneken-Pis à Bruxelles, elle reste petite et peu impressionnante. Il faut par contre, la prendre pour ce qu’elle est : un rappel historique de l’histoire fabuleuse qui a marqué tellement d’enfants à travers le monde, mais qui est né là, à Copenhague. Je dois aussi vous confier que j’ai un faible pour la petite sirène depuis que ma filleule m’a baptisé Arielle (l’incarnation Walt Disneyenne de ce conte) à cause de mes cheveux rouges et de mon amour inconditionnel pour la baignade…

En plus de m’avoir charmé avec ses fabuleux jardins, cette petite ville portuaire fait contraste avec mon chez-moi londonien, qui s’avère être urbain à souhait et chaotique au possible. Pour être honnête, ça faisait du bien de se promener dans le calme des rues danoises et de pouvoir relaxer tranquillement en lisant mes textes (du travail, toujours du travail) dans un café universitaire bondé, mais silencieux. J’ai apprécié le fait qu’il soit totalement impossible d’être stressé dans cette ville. C’est rafraichissant et ça m’a donné un aperçu de ce que l’on envie souvent aux pays scandinaves.


Jeudi et vendredi je me suis promenée à pied dans la ville et j’ai pris mon temps. En deux jours, j’ai presque tout fait les attraits touristiques. Le samedi, Ariane et son photographe devaient faire le tour de la ville à vélo pour recueillir des infos et des photos pour un article qui paraîtra dans le cahier Vacances/Voyages de La Presse. Je les ai donc suivis dans leur périple, à mon grand bonheur. Parcourir Copenhague à vélo est le meilleur moyen de découvrir la cité tout en comprenant le rythme de ses habitants. C’est un peu comme voir Montréal à dos de bixy, c’est fantastique !

Premièrement, il y a des pistes cyclables sur presque toutes les artères principales (contrairement à ce que les cyclistes montréalais doivent subir). Deuxièmement, c’est tout petit, alors la bicyclette reste le meilleur moyen de transport, même au quotidien. Et finalement, quoi de mieux que de prendre l’air tout en allant et venant d’un point à l’autre de la ville ? Malgré le froid du mois de mars, je considère que toute personne qui aura le projet d’aller visiter ce coin du monde devra envisager de chevaucher la selle et de rouler où le vent le mène (et je vous jure, quand il vente, il vente à écorner les bœufs !).

Ce moyen de se véhiculer est tellement répandu que les pistes cyclables sont bondées. Les gens, en plus de maîtriser très bien leur engin, sont au fait de tous les signaux routiers (bras vers le bas, bras vers le côté, etc.) et les utilisent (à l'instar des resquilleurs montréalais). Vous auriez dû voir l’air hébété des danois qui se sont trouvés sur notre passage quand on se promenait nonchalamment en sens inverse sur une piste cyclable ! Nous ne savions pas que les pistes sont à sens unique et donc qu’il y en a une de chaque côté de la rue. Ils ont su en moins de deux que nous étions des touristes non avertis. Nous, ça nous a fait rire follement, mais pas eux :)

Il fallait bien essayer le rack, non!?
Ariane et moi on a partagé quelques Tuborg, deux ou trois Carlsberg (j'ai pris "probably the best beer in the world" à votre santé les filles!) et des repas délicieux. On a pris tout le temps qu’on pouvait pour se mettre au fait de tout ce qui s’est passé pendant trois mois. On a constaté à quel point on s’était manqué, combien nos conversations quotidiennes (ou presque) sont une chose en or. J’ai remarqué à quel point je commence à m’ennuyer de ma vie, combien il se passe de choses pendant mon absence dans ce pays qui est le mien.

Cette fin de semaine était mémorable. En plus d’avoir vu, parlé, collé et déconné avec ma best, j’ai découvert un endroit que je n’aurais probablement jamais visité autrement. J’ai trouvé les danois souriants, amicaux et discrets (ce qui n’est pas nécessairement toujours une bonne chose). J’ai vu des endroits magnifiques dignes des cartes postales et des soupirs de béatitude. Et j’ai rechargé mes batteries (d’amis et de tranquillité) pour le mois et demi qui me reste avant de prendre un avion en direction de Montréal et de vous tous… oui, déjà!

dimanche 27 mars 2011

The road to you





Partir en pleine nuit (2h50), sac sur le dos, billet en poche. Prendre un autobus puis un autre et enfin un dernier pour arriver à l'aéroport de Stanstead. Se taper la musique poche du chauffeur d'EasyBus. Devoir converser avec le monsieur beaucoup trop excité assis à côté de moi. 

Ça vaut la peine!

Parce qu'en plein milieu de la nuit la Lune t'accompagne et c'est beau. Parce que les autobus sont vides à cette heure-là, et comme on est dans la magnifique capitale du transport en commun nocturne, je n'attends pas une miette. Parce que le système d'EasyBus est tellement efficace que tous ceux qui chialent à propos de l'inaccessibilité de l'aéroport de Stansted n'ont pas découvert cette merveille (merci Lonely Planet!!).  Que la musique du chauffeur me fait penser à ce que mon papa écoute dans sa voiture et ça me fait sourire. Que le mec qui est trop excité me contagionne et c'est bien correct de même.

Parce que je m'en vais à Copenhague. Je vais voir ma Best. Pis c'est bien assez pour voir la vie en rose ;)

samedi 19 mars 2011

Afternoon Tea

Quoi de mieux que de profiter de cette petite heure et demie de train entre Southampton et Londres pour vous raconter ma première « vraie » expérience de thé à l’anglaise? Comme je vous en ai déjà parlé, le thé fait partie intégrante de la vie en Angleterre et j’en suis ravie, car je me suis découvert une passion pour ce breuvage réconfortant. Avant que Miss Marie ne parte on a eu le temps d'aller fouiner chez Fortnum and Mason où j'ai acheté des thés merveilleux (à peu près la seule chose achetable de tout le magasin!) que je boirai en me remémorant mes mois passés ici.

Mais retournons à nos moutons…qu’est-ce que je voulais vous raconter? Ha oui! Le thé… Désolée, j’ai eu une journée magnifique avec des Professeurs de l’Université de Southampton qui m’ont remonté le moral académique, alors j’ai un peu la tête en l’air. Bon, bon, bon…

La devanture du Lanesborough Hotel
Hyde Park Corner
Ce dimanche, j’ai revu Lily. Vous vous rappelez la Queen of Diamonds??!! Après notre soirée de l’autre fois, je me sentais bien obligée de garder ne serais-ce qu’un contact poli avec elle. Après les deux semaines remplies par la présence de ma tribu, je lui ai écrit un courriel pour la convier à aller prendre le thé dimanche après-midi. Je lui ai proposé un endroit sympathique et pas cher près de Covent Garden, mais elle a préféré m’inviter au Lanesborough Hotel pour une vraie version du Afternoon Tea.

Le salon du Lanesborough
Au départ, je me sentais encore un peu mal de me faire payer la traite, mais au final je me suis fait à l’idée que cette dame préférait fréquenter les endroits chics plutôt que de trainer dans les endroits réservés à la plèbe. Comme cela fait bien un moment que je veux faire l’expérience du vrai Afternoon Tea, j’ai décidé de profiter de l’occasion et d’arrêter d’avoir des scrupules. 

Encore une fois je confirme que je ne suis pas faite pour la haute. Ces endroits un peu pincés sont magnifiques, mais le mode décontracté finit toujours par me manquer à un point ou à un autre. Je dois quand même dire que j’ai passé un très agréable moment. Bien moins bizarre que la dernière fois. Peut-être parce que je connaissais mieux Lily aussi. Je savais un peu quelle tournure allait prendre la conversation, alors j’étais relativement préparée.

* En passant le paysage anglais est incroyablement beau à travers la fenêtre du train. Aujourd’hui il pleuvait, alors présentement, avec le soleil qui se couche dans quelques minutes, la lumière crée un effet saisissant. Tout semble plus vert et le ciel grisâtre laisse passer quelques rayons de soleil. Hummm… *

Pour vous mettre dans le bain de la tradition, il existe deux types de English Tea : Le High et le Low Tea. Le High Tea est pris entre 18h et 19h tandis que le Low Tea se veut une collation d’après-midi donc il est sévi habituellement entre 15h et 17h. En fait, les termes 'low' and 'high' se réfèrent à la hauteur des tables sur lesquelles le thé était servi à l’époque. Le Low tea était servi au salon, sur une table basse près d’un canapé ou de chaises confortables. Le High tea quant à lui, était servi dans une salle à manger et comportait beaucoup plus de victuailles que son comparatif d’après-midi. Croyez-moi, le Low Tea n’a rien à envier au High Tea, car la collation est plutôt copieuse. Tellement, que je n’ai pas soupé ce soir-là.

Afternoon Tea - Alexander Rossi
La coutume tient son origine de Catherine de Bragança qui a été la femme de Charles II à la fin des années 1600. Elle a importé cette tradition du Portugal où les femmes de la cour se regroupaient dans l’après-midi pour discuter de politique…oui, oui, de politique :) Ce qui est intéressant, c’est que les Anglais ont eux-mêmes exporté cette tradition quand ils ont colonisé les Amériques. Aujourd’hui dans certaines parties des États-Unis, les femmes se rencontrent encore pour planifier des activités communautaires. Bien que le repas et le breuvage aient quelque peu changé, les "4 o'clock sitting chat" sont en fait la version 20e siècle d’une tradition portugaise anglicisée.

Le thé est un art ici. Il existe une méthode très élaborée pour ébouillanter l’herbe magique de la bonne manière afin de profiter le plus possible de son goût complexe et subtil. Le thé est habituellement accompagné par des sandwichs aux concombres, aux œufs, au jambon et au saumon fumé. Ces petites mignardises sont très simplement concoctées et contiennent peu d’ingrédients. Or, cela ne veut pas dire qu’elles sont ordinaires pour autant. Les Anglais sont des fans des condiments – cela leur vient de leur passé colonial, d’où ils ont puisé les épices qui sont à la base de leur préparation – alors, ces amuses-gueules sont remplis de saveurs délicates qui accompagnent très bien la bien-aimée boisson chaude.

* Est-ce que je vous ai déjà dit que j’adore prendre le train? Je pense que c’est mon moyen de transport favori. Pourquoi n’a-t-on pas un service ferroviaire plus développé et efficace au Canada? Ce serait si agréable… *

Mais, ce n’est pas tout. Les petites sandwichs salées font ensuite place à des petites bouchées sucrées : scones, gâteaux (aux fruits, Battenberg, Victoria) et pâtisseries de toutes sortes sont accompagnés de clotted cream, de costard et de confiture. Tout dans les fesses!

Place de choix près du foyer :)
Plusieurs grands hôtels vont même vous proposer la combinaison avec un verre de champagne. Le Champagne High Tea est réservé aux portes-monnaie fournis, je vous avertis. Ce sera donc pour la prochaine fois que je viendrai à Londres avec mon bel et richissime amoureux!

De nos jours, le Afternoon Tea formel est généralement considéré comme un cadeau que les gens s’offrent. Ils se retrouvent entre amis ou en famille dans un grand hôtel ou un tea shop et profite du moment pour papoter en paix, près d’un foyer l’hiver ou dans le jardin l’été. 

* Tiens donc! Quelle coïncidence, la dame passe pour nous offrir thé et café. Pour me mettre dans l’ambiance pourquoi pas un petit Ceylon *

Ici, on affectionne tous les différents thés pour leur multitudes de goût. Un peu partout, lorsqu'on en commande au restaurant ou à un comptoir-lunch, on peut donc décider quelle sorte spécifique de thé on veut. La plupart proviennent d’Inde, du Pakistan, du Sri Lanka et de la Chine. Chacune des variétés ne se boira pas au même moment de la journée : on privilégiera un thé plus fort le matin (English Breakfast, Earl Grey) et un thé plus doux l’après-midi (Orange Peko, Darjeeling).

Un peu comme le café, le thé sera servi avec du lait et du sucre. Comme l’infusion est très intense, les gens préfèrent diluer leur thé avec du lait. La blague chez les British c’est que seuls les étrangers diluent leur thé avec de l’eau chaude. Ils te demanderont donc comment tu prends ton thé : white or black? De mon côté, j’ai constaté que j’aimais vraiment mettre un petit nuage de lait dans mon thé … ce qui a fait réagir ma maman quand elle est venue me visiter. La seule personne qu’elle connaît qui buvait son thé blanc était ma grand-maman maternelle. Alors, je déguste maintenant tous les jours un thé en pensant à Mamie Tony :)

*Je suis certaine qu’elle adorait prendre le train elle aussi, Mamie la grande voyageuse…*

vendredi 11 mars 2011

Transport Chronicles


Je vous ai déjà parlé, d’à quel point les transports ici sont une source à la fois d’angoisses et de divertissement. Cette jungle urbaine doit être apprivoisée et domptée afin d’en retirer profit, à tous les niveaux. Le métro est encore l’endroit le plus déjanté en ville, mais je dois vous confier que j’ai découvert, il y a quelques semaines, les vertus du double-decking (a.k.a. les autobus rouges à deux étages).

Un des bonheurs d’accueillir des amis en ville, c’est de sortir beaucoup et donc de voyager énormément en transport en commun. On a donc accumulé, Marie, Mathieu, Rukmini, Paul et moi, de multiples histoires de bus et d’Underground.

Avec les double-decks il faut quand même s’habituer à cette impression que l’on a du deuxième étage, que les autobus écrasent les gens sur la rue. C’est saisissant au début quand même. La perspective n’est pas toujours fidèle à la réalité et on sursaute systématiquement lorsqu’on y monte pour les premières fois. Or, rien n’est plus amusant que de dévaler les rues londoniennes en hauteur.


Petit conseil si vous venez à Londres et que vous sortez après le dernier métro, il faut que vous fassiez signe à l’autobus pour qu’il s’arrête à l’arrêt, sinon il va vous passez dans la face. Mais rassurez-vous, vous ne pourrez jamais manquer votre objectif puisque le chauffeur annonce les stops au micro tout au long du trajet. Si vous êtes chanceux, vous tomberez sur le chauffeur à la voix porno.

Il parlait autant que respirait dans son micro ce qui nous a fait pouffer de rire simultanément moi et Marie. Imaginez cette phrase dite langoureusement avec un peu trop d’intensité, d’accent anglais et de respiration et tentez de rester sérieux : « This is a picadilly line service to Cockforters »

Prendre le bus vers 3 heures du mat vient aussi avec son lot de responsabilités. Il faudra peut-être que vous sauviez une jeune femme en détresse. Dans notre cas elle se prénommait Luca. Victime de la mode décourageante de sa génération anglaise elle a eu besoin qu’on la tire des griffes d’un individu louche à la dentition défaillante qui s’était éprise de son anatomie ostentatoire au coin des rues Euston et Tottenham Court Road. La demoiselle fut sauvée en dépit de son abus de mascara et de fausse fourrure.

Même si la vue des autobus est attirante, descendre dans les limbes du métro nous offre souvent efficacité et récréation. Dans l’Underground on a accès à toutes sortes de personnages, particulièrement vers l’heure de fermeture de ses portes. L’anecdote la plus savoureuse reste encore celle du mec coké dans la Northern Line.

Il est entré dans le train en sautant littéralement à bord et a demandé à la ronde : « King’s Cross?? » Ceci n’est pas particulièrement cocasse, mais l’image doit être complétée en précisant que la question était posée accompagnée de « two thumbs up » avec les yeux écarquillés.

Ensuite, il a tenté de s’asseoir, mais comme toute personne qui a pris de la cocaïne, il était incapable de rester en place. Il a commencé par fouiller dans ses poches pour en faire l’inventaire. Tombant sur sa carte de crédit, qui avait dû lui servir à couper ses lignes de coke, il l’a doucement liché afin de vérifier s’il ne restait, par hasard, quelques soupçons de la substance magique. Ceci eut comme effet de déclencher notre hilarité encore une fois.

Mais, ce n’est pas encore fini. Comme il n’était pas encore arrivé à destination (nous n’avions même pas atteint la station suivante) et qu’il était incapable de rester assis, il s’est levé d’un bond, s’est agrippé au poteau pour danser autour gracieusement. Finalement arrivé à la station suivante (la première, là, pas encore sa destination), il s’est lié d’amitié avec un monsieur trop saoul qui est entré dans la rame. Les deux hommes semblaient se comprendre parfaitement. C’était vraiment drôle!

Mais dans le métro on croise aussi des gens un peu fatiguant, notamment, cette Belge qui, nous entendant parler français s’est écriée : « ah non! Pas encore des Français!! ».  Marie, d’un air bête, leur a répondu de manière brève et claire « NON! ». En continuant de nous écouter parler et en entendant un « c’est de la marde » elle finit par comprendre qu’on était des Québécois. Évidemment, elle s’est mise à sortir les sacres qu’elle connaissait.

Un peu excédé par ce trop-plein de stéréotypes, Mathieu lui a fait remarquer que nous utilisions aussi le terme Caribou à toutes les sauces. Celle-ci n’a pas compris le sarcasme et s’est mise à crier « Tabarnak de Caribou » dans le métro. Vraiment glorieux! On était assez contents qu’elle finisse par descendre à la station Camden Town.

D’ailleurs, c’est à cette station que l’on peut observer les plus rares spécimens.  Pour vous donner quelques exemples, je peux mentionner : ce couple de punks d’environ 45 ans qui a adopté le style dans les années ‘80 et qui, aujourd’hui, s’y conforme toujours à la lettre; la fille avec les dreds de toutes les couleurs arborant une passe ornée d’oreilles de chat; plusieurs androgynes, dont une avec une coupe de cheveux de type « bol »; etc.


Or, ce qui est le plus cocasse c’est le peu de subtilité de Marie. Lors de toutes ces péripéties de transport, elle s’exclame souvent d’un rire, d’un arke ou de toute autre onomatopée ou commentaire.

Marie - « arke c’est international ça??!! »
Moi -« oui »
Marie - « fuck »
Moi – soupir…

Un soir en direction de Hampstead, je remarque un homme qui laisse gentiment sa place à une jeune femme dans le métro. En mentionnant à mes amis la galanterie de ce geste, Marie me répond sans aucune retenue que l’homme en question a simultanément laissé son siège, remonté ses culottes et ajusté sa ceinture devant elle.

Le monsieur devait parler français ou au moins le comprendre parce qu’il a souri de toutes ses dents à Marie à la suite de cette observation si juste. Elle a pu se racheter un peu en baragouinant une explication quelconque sur les aléas de la vie d’un pantalon et d’un homme galant. C’était assez cocasse de la voir essayer de se sortir du pétrin… L’homme n’était pas du tout fâché, évidemment!

Pour finir, je dois souligner que Mathieu s’est beaucoup amusé avec les noms des lignes et des stations de métro. Bakerloo, Jubilee, Elephant and Castle, Euston (on a un problème…), Osterley, Pimlico, Pudding Mill Lane, Ruislip, et j'en passe. Quoique son classique restera tout de même la « Picadilly line to Cockfosters »...